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Belle aventure humaine

Publié le par La Breizh Cani'Tude

Belle aventure humaine
Belle aventure humaine

Félicitations Vincent pour ton dépassement de soi

Petit récit de son exploit!

"L’idée de participer un jour à l’Ultra Marin a germé il y a environ 2 an, un ultra trail avec une distance mythique de plus de 150km, peu de dénivelé, pas très loin de la maison et que des gens « normaux » ont réussi et ont pu témoigner de leur expérience. Tentant ?. Enfin, c’était juste une idée comme ça sans avoir encore fixé l’année ou cette expérience se concrétiserai….

2017, l’année de tous les dangers

L’aventure proprement dite s’est accélérée sans être préméditée début 2017 ou désireux de participer à un trail long, plus long que les 45Km du Trail de l’Aber Wrac'h, que j’avais déjà effectué à 2 reprises. J’ai couru les 80km de l’Ecotrail de Paris avec Julien qui m’avait vanté le caractère abordable et l’arrivée magique de cette course. Course pas facile tout de même mais plutôt que d’en être dégouté, j’en suis sorti reboosté pour courir.

Julien, mon « mentor » on peut le dire, avait déjà programmé son planning de course pour 2017, Ecotrail, Guerlédan, Ultra Marin. C’est alors que je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de franchir le pas en me calant sur le même planning.

Mais bon autant psychologiquement, je me suis inscrit sans trop d’arrière-pensée à Guerlédan mais j’ai hésité une bonne semaine avant de signer pour le Grand Raid de 177Km. Julien avait abandonné, blessé en 2016. Les statistiques montrent environ un tiers d’abandon tous les ans, j’ai donc lu et relu des récits de coureur et j’ai cliqué sur le fameux bouton s’inscrire 2 mois avant le jour J en me disant de toute façon, si on faisait que des trucs censés on ne ferait plus rien…

Du coup, l’entrainement a repris à raison de 3 entrainements semaine, 2 sorties de 1h-1h30 et une plus longue le week-end 2h-3h, tout ça en alternance marche-course 1min/6min.

Guerlédan arrive, super ambiance, j’ai rencontré des gens extra avec qui on est resté soudé pendant les deux tiers du parcours. Mais premier doute sur l’Ultra Marin car les 20 derniers km ont été compliqué sur Guerlédan, je me disais 3 fois Guerlédan, c’est mort ! Mais les membres du club Courir à Saint-Divy ont fini par me rassurer en me disant que le parcours n’avait rien à voir, que ce n’était pas comparable et puis de toute manière étant déjà inscrit, il n’y avait pas de retour possible.

Un mois avant le jour J, j’en profite pour me rééquiper un peu, je change mon sac de course Kalenji pour un sac Raidlight et je prends des gourdes souples Aonijie ainsi qu’une nouvelle montre GPS Suunto Ambit 3 en remplacement de mon ancienne Timex Ironman Run pour tenir la distance

Une semaine de repos, une semaine de reprise cool, une semaine d’entrainement, et une dernière pour se reposer, ça passe vite un mois !!!!

 

 

Le jour J

Vendredi matin, la nuit a été moyenne … Le stress monte un peu, j’ai commencé à préparer mes sacs de course pendant la semaine mais j’ai l’impression d’être à « dreuze ». Est-ce que je prends ça ? Non, peut-être, oui …. En plus j’ai toujours tendance à trop me charger donc il faut que je fasse attention mais sans rien oublier d’important.

Donc ce sera sac avec le matériel obligatoire (frontale et veste pour la nuit, téléphone …) mon plan de course avec les barrières horaires et les kilométrages des ravitos, une batterie pour recharger ma montre pendant la course, un lecteur mp3, 2 poches à eau et 2 gourdes pour boire sans restrictions en alternant boisson isotonique et eau plate et de quoi tenir entre les ravito (compotes, gel, tuc, barres énergétiques)

Départ vers Vannes.

On charge la voiture. Avec Prescillia, Julien, Carlyle, moi et toutes nos affaires, elle n’est pas loin d’exploser !!!

Je conduis jusqu’à Vannes, on récupère nos dossards et on dépose nos sacs de mi-course et d’arrivée avec nos affaires de rechange puis direction le camping du Conleau qui est fermé sur l’heure de midi. On se fait donc une « petite » Pasta Party Carbonara sur un banc en face de la mer.

Puis montage des tentes qui ne nous servirons pas au final, je fais le plein d’eau pour le début de course, crème antifriction sur les pieds et c’est quasiment l’heure de rejoindre le départ.

Je dis au revoir à ma femme adoré et 5min après… oups, j’ai oublié la pochette avec mon plan de course mon téléphone et ma carte d’identité, qui sont obligatoire évidemment, dans la voiture. Prescillia fait demi-tour et me les passe 30min avant le départ, ouf !

Le départ de la course

Les 20 minutes avant le départ ne passent pas vite, on a envie d’y aller mais faut attendre… Finalement ça y est le départ est donné. Là je me dis ça y est on est parti pour 177km avec une sensation étrange qui réside dans le fait que je n’arrive pas à me représenter concrètement la distance. Et je me surprends à penser déjà à l’arrivée qui se fera au même point. Mais bon trêve de divagation, je me concentre sur la course.

Vannes –Arradon – 17km

C’est parti, le départ ne m’est pas inconnu, il reprend une partie du parcours du marathon de Vannes. Je laisse Julien légèrement devant en me forçant à alterner marche-course dès le départ mais je ne suis pas très assidu et j’ai plus tendance à courir qu’à marcher pour m’économiser. Ma montre que j’ai mis à jour la veille (Erreur fatale !) fait des bips bizarres et je ne sais pas pourquoi, donc j’entreprends de couper le son de la montre mais erreur, se faisant je coupe l’enregistrement de la course !!! Ce qui va compliquer mon suivi des ravitaillements par la suite, on croise le couple des lapins runners (Aller voir leur site ça vaut le détour), et après 17km, j’arrive au ravito d’Arradon en 2h, Ju est arrivé juste avant, on ne s’attarde pas car c’est bondé, on est dans le gros du peloton.

Arradon –Baden-Larmor Baden

La course continue le long de la côte, après 11km on arrive à Baden. Au ravito avec Ju, on est en avance par rapport à nos plans de course, je prends le temps de remplir mes poches à eau et on repart tranquillement pour 7km vers Larmor Baden, je suis serein. La nuit commence à tomber et les passages dans le bois commencent à être compliqués vers 22h30. Mais je n’ai pas envie de m’arrêter pour prendre ma frontale avant Larmor, je force donc un peu mais ça passe, on y arrive un peu avant 23h, on est à 35km de course, pas mal de monde encore à Larmor Baden.

En route vers le Bono

On repart pour une bonne distance de 17km, on est toujours ensemble avec Julien, ça se passe bien. Je mets ma veste car avec la nuit l’air s’est bien rafraichi, je suis un peu déçu de ne pas pouvoir apprécier les paysages de jour car ça à l’air magnifique par endroit. On arrive au Bono vers 1h30 du matin, on est toujours en avance, on se pose pour 30min, le temps de savourer notre premier repas chaud, pâtes/gruyère, jambon, coca … un festin. On repart à 2h du mat’ direction Crac’h.

Le Bono-Crac’h

Ça commence à tirer un peu après plus de 50km de course, 15km à faire au beau milieu de la nuit. Ce qui je redoutais un peu arrive, mon horloge biologique est bien réglée et elle me dit que c’est l’heure de faire dodo ! Malheureusement, ce n’est pas le moment et il faut continuer. Je pense à mon lit, mon esprit commence à divaguer, j’essaie de calculer 17+35, il me faut quasiment 5min pour être sûr de ma réponse, on ne se parle pas beaucoup avec Julien. On passe à Auray, tout est calme, désert, on observe que le ballet des quelques frontales qui sont en avance sur nous sur l’autre rive car depuis le Bono, le peloton s’est largement étiré, par endroit on ne rencontre plus grand monde. Mais j’avais oublié ça : Auray est le point le plus au nord de la course on s’est éloigné avant de repartir au sud vers Crac’h.

Crac’h-Locmariaquer

On arrive à Crac’h un peu après 4h, ça fait du bien, c’est calme également au ravito, on n’est pas perturbé par l’affluence. Comme à chaque ravito quasiment depuis Larmor, je déchausse et je rebadigeonne mes pieds de crème antifriction, on recharge le ventre et les sacs et zou direction le bateau : prochaine étape à 15km. J’ai beaucoup de mal à tenir, Ju est en forme à ce moment de la course contrairement à moi qui lutte. Le jour pointe le bout de son nez, et là ma fatigue s’envole en apparence, mon esprit a fini par intégrer qu’il n’y aurait pas de dodo cette nuit. On croise des petits chatons sur la route avant d’arriver à l’embarcadère. Là on nous enfile un poncho difforme, un gilet de sauvetage étriqué et on poireaute 10min, car nous sommes nombreux bizarrement, avant de monter sur le zodiac, mes jambes ne sont pas contentes.

La traversée se passe bien mais il ne fait pas très chaud, je ferme les yeux et je manque de m’endormir mais on finit par arriver. La sortie du zodiac est chaotique….

Locmariaquer-Arzon

La relance est extrêmement compliquée, je me suis bien refroidi sur le bateau et je marche difficilement alors courir n’en parlons pas. Du coup, il me faudra presque une heure pour faire les 5km qui me sépare d’Arzon. Je retrouve Julien qui est là depuis 10min environ. Je récupère mon sac de mi-course, je recharge mon sac et je vais me doucher, quel bonheur de prendre une douche, j’en sort reboosté, j’en profite pour mettre des affaires propres et je vais voir les podologues, rien de particulier à signaler excepté un léger échauffement qui sera strappé préventivement. De bonne pâtes et une soupe en guise de petit déjeuner à 9h du mat’. On repart ensemble avec Julien. Je repars bien mais ce ne sera pas pour longtemps.

Arzon-Porh Neze-Sarzeau

Je suis un peu inquiet tout de même, car on est qu’à la moitié de la course et il y a la même chose à faire ce qui me semble énorme. Surtout que la distance jusqu’aux prochains ravitaillements est importante. Tout va bien jusqu’à Porh Neze, c’est Ju qui a son tour à coup de moins bien. Puis jusqu’à Sarzeau, je me laisse à nouveau distancer par Julien, et j’ai un premier raz-le bol arrivé au ravitaillement intermédiaire eau uniquement de la pointe Bernon. Ju me donne un morceau de saucisson. Je repars avec lui mais je ne le tiendrai pas longtemps, je suis vanné aussi bien mentalement que physiquement. A 2Km de Sarzeau, une des photographes est inquiète sur mon état, elle m’encourage et on discute un peu, le temps de faire quelques dizaines de mètres à mes côtés car je ne marche plus très droit et je suis pâle comme un linge. Je la rassure : je vais y arriver. Enfin Sarzeau, j’arrive un peu avant le départ du Trail 56km, des tas de gens m’encouragent, ça fait du bien mais je n’ai plus qu’une idée en tête : arriver à la salle. Ju n’est pas encore reparti mais c’est la dernière fois que je le reverrai avant la fin de la course. Je m’allonge sur un banc, Isa me masse les jambes à la crème décontractante, car fait du bien, je m’endors en moins de 5min.

Je me réveille après 30min ça va mieux, Isa me ramène à manger des pâtes et du riz au lait, je mange tranquillement et je vais faire un check podologue et effectivement les ennuis commencent, deux ampoules sur chaque petit orteil qui vont bien me pourrir la vie jusqu’à l’arrivée. On soigne le tout et c’est reparti, Isa est plus confiante à mon départ qu’à mon arrivée. Je décolle à 17h38 pour 15Km, le soleil est sorti de derrière les nuages et mine de rien il cogne même à 18h.

Sarzeau – Le Hézo

Etant désormais seul, je m’autorise à écouter un peu de musique, ça fait du bien. Mon esprit ne tarde pas à disjoncter mentalement à nouveau, un chien m’aboie dessus derrière un grillage, excédé, je lui fais peur et il aboie encore plus, j’hurle à qui veut bien m’entendre, qu’il serait bien qu’il range son chien. Quelques mètres plus loin, j’explose à nouveau sur celui qui n’a pas coupé sa haie et qui rend mon passage difficile. Plus loin je passe de la colère aux larmes quand je pense à mon fils, ma femme qui m’encourage régulièrement par message, à l’arrivée qui est encore à 45km, je craque complètement. J’arrive au Hézo, quelques encouragements en chanson à mon arrivée me font sourire, je prends quelques trucs à manger, du coca et je m’assoie sur une chaise complétement dans le vague. Je vois un lit de camp libre, je m’allonge et m’autorise 20 min de dodo. Je ne repars pas vraiment mieux mais bon ça ne sert à rien de végéter ici, je remets ma veste car la nuit retombe et la température également. Il est 21h.

Le Hézo-Noyalo-Séné

J’arrive à Noyalo ou je recharge mes gourdes. Je retrouve Isa qui m’attend pour un ravitaillement surprise 1km plus loin, elle me donne un Yop, des chips, un peu de coca, un kinder, que des bonnes choses, ce petit break me fait un bien fou, je sors ma frontale car maintenant la nuit est bien tombée. Et zou direction Séné 13Km plus loin. Je me déplace assez lentement, je ne cours plus du tout, j’essaie de garder toutefois un rythme de marche convenable en m’accrochant à des groupes qui marchent aussi mais ils vont un peu plus vite et j’ai tendance à me faire distancer, je vois des gens qui dorment en pleine nature sur le bas-côté, je me refuse catégoriquement à faire de même. Je me concentre sur le parcours, je suis les flèches du balisage les unes après les autres à la lumière de ma frontale, c’est long et enfin Séné. Isa me rejoint le temps de prendre de mes nouvelles. Je me rallonge un peu pour 30min environ, plus pour faire un break dans la monotonie de la course que pour réellement dormir. A mon réveil, je fais refaire mes soins par les podologues, pas d’amélioration miracle malheureusement. C’est reparti, plus que ..( encore..) 23km

Sené-Port Anna –Vannes

Je repars avec un groupe de 3 personnes qui me tiendront compagnie pendant 6km, je n’arriverai pas à les suivre au-delà, il pleut mais ça ne me touche même pas. Je m’arrête sur un banc je branche ma montre car elle n’a plus de batterie non plus, je change de pile à mon frontale également préventivement. J’arrive à Port-Anna, je suis seul au ravito, je recharge en eau une dernière fois et discute brièvement avec le bénévole, 14km avant la délivrance.

Les 14Km les plus long de ma vie, le jour se lève, je n’arrive presque plus à marcher, les Km défilent au ralenti sur ma montre, je n’en peux plus. Je fais 5km en 1h30, je n’avance plus, ça me démotive encore plus, je craque psychologiquement comme la veille, colère contre tout et n’importe quoi etc.. Je m’allonge en pleine nature à 7km de l’arrivée, mon genou droit me faisant souffrir, je m’assoupi une dizaine de minute, et je suis réveillé par les pas d’un coureur qui court, comment fait-il ? C’est alors qu’il me prend un toqué, une frénésie m’envahie, je me lève d’un coup je remets mon sac sur le dos et je repars pleine balle, je suis à 10km/h presque 11 alors que je plafonne difficilement à 4/5 depuis 2h, je me surprends moi-même mais je m’en fou, ça passe ou ça casse. Je dépasse plein de coureur, je garde le rythme, je vois Vannes enfin ! J’avale un gel, 2 gels , je bois beaucoup d’eau, je veux finir et vite, plus rien n’a d’importance, les gens que je croise sont surpris de me voir débouler à cette vitesse et m’encourage. Je vois maintenant les arches d’arrivée, à peine 1km avant l’arrivée. Mais je suis stoppé net, une nouvelle ampoule se rappelle à moi et m’empêche presque de poser le pied, je vais finir le dernier Km en marchant au ralenti, dommage, sans ça je pensais franchir la ligne en courant ! Mais ça y est délivrance, la ligne, le speaker m’interview mais après 38h de course la blague qu’il tente de me faire sur ma préférence entre les ampoules et les LED ne me fait pas rire et je lui dis poliment que je ne suis pas très réceptif aux blagues après 38h de course. Il me reprend le micro, me félicite et je l’abandonne. Je dois rejoindre le ravito et la salle à 800m de là, et je paye cash ma montée d’adrénaline de fin de course, je ne peux vraiment plus marcher... 20 min pour faire 800m, une bonne douche, un ultime rendez-vous chez le podologue et nous voilà déjà reparti vers la maison. J’ai dormi toute la route et une bonne partie de l’après-midi et n’ai eu aucun mal à m’endormir le soir également. Je vais mettre du temps je pense à bien remarcher mais c’est fini, je l’ai fait 177km, j’ai bouclé un vrai bon gros ultra trail en moins de 38h et classé.549ème sur 618 et sur 967 partant et oui 349 abandons quand même (36% !).

Remerciements

Je tiens en tout cas à remercier Ma femme pour m’avoir supporté avant pendant et après la course, Julien pour m’avoir servi de lièvre une bonne partie du temps comme souvent sur les trails ! Isabelle pour sa logistique et son aide ultra précieuse et qui a été aux petits soins pour tous les 2, elle s’est vraiment occupé de tout et à même ranger le matériel de camping dans lequel nous n’avons pas remis les pieds, et tous les amis de Facebook, Courir A St-Divy, de la Breizh Cani’tude, du boulot etc… et la famille aussi pour vos encouragements qui m’ont fait tenir jusqu’au bout car ce genre de course, même si on fait l’effort, on est pas tout seul à la faire et on n’y arriverai pas sans vous."

Vincent SANCHEZ

 

Vincent et son mentor

Vincent et son mentor

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